Environnement naturel

 

L’EROSION MARINE

 

Actuellement, le terminus de Maumusson et, dans une moindre mesure, la baie de Gatseau, sont fortement impactés par l’érosion marine.

Cette érosion littorale grignote à Maumusson de 5 à… 60 m de dunes chaque année (soit en moyenne 20 m par an !), modifiant considérablement le trait de côte d’une année sur l’autre. Ainsi, entre septembre 2012 et mars 2013, nous avons perdu 60 m de dunes, nous contraignant à démonter la boucle qui permettait jadis au train de se retourner sans avoir à décrocher, pour revenir à un triangle de retournement plus contraignant, mais occupant beaucoup moins d’espace.
Au total, depuis 40 ans, la perte s’élève à près d’un kilomètre (la gare de Maumusson a été réaménagée 24 fois durant cette période).

Bien-sûr, l’érosion littorale ne concerne pas seulement Oléron. Ce phénomène est planétaire et concernerait de 70 et 90 % des plages à travers le monde.

Or l’érosion est pour partie d’origine naturelle : on voit bien sur les cartes anciennes d’Oléron, que l’île n’a pas toujours eue la même forme, cela ne veut pas dire forcément que les cartographes de l’époque étaient mauvais… on mesure dans le temps des périodes d’érosion s’étalant globalement sur 50-60 ans, auxquelles succèdent des phases d’accalmie pendant lesquelles, si l’on se retroussait les manches, on pouvait regagner peu ou prou ce que la mer avait pris dans les décennies précédentes (c’est ce qui a été fait à Maumusson entre 1819 et le milieu du 20ème siècle lors de la plantation de la forêt et l’érection des palissades*).

Cependant, l’érosion qui s’est déclenchée ici au milieu des années 60 (il y a 50 ans donc…), ne semble pas s’apaiser, bien au contraire, l’impression est qu’elle s’accélère et que les quantités de sable enlevées sont de plus en plus importantes. Cette érosion marine à Oléron a succédé à une longue période de sédimentation qui a probablement débutée au milieu de la période dite du « mini âge glaciaire » (1450 – 1850). Ainsi, il est important de savoir que notre climat est inconstant (activité humaine ou pas d’ailleurs) et qu’au cours des 2 derniers millénaires nous avons connu 4 périodes distinctes :

 

Or, que se passe-t’il lors des périodes froides ?

Le niveau de la mer baisse quelque peu, l’eau de pluie reste en partie piégée sous forme de glace dans les régions froides et montagneuses. L’eau des mers et océans, plus froide, occupe un volume moins important. Le niveau de la mer baissant, la houle a de nouveau accès à des stocks de sable existants sur le plateau continental, qui auparavant se trouvaient sous des épaisseurs d’eau trop importantes. La maigre végétation xérophile (adaptée à la chaleur et à la sécheresse) des dunes a tendance à disparaître. Le sable frais arrivant en bordure des continents est repris par le vent et recouvre les dunes anciennes, achevant ainsi la disparition des végétaux.
Et au cours des périodes plus chaudes ?

Globalement, c’est l’inverse : le niveau de la mer remontant, l’océan est plus agressif envers les continents ; la houle n’a plus accès aux stocks de sable, mais la végétation est bien adaptée au climat plus chaud et se remet en place sur les dunes anciennes, aidée ou non par l’homme.

Alors, peut-être qu’à cette érosion dite « naturelle » qui a déjà existé lors des autres périodes « chaudes », il faut envisager des facteurs aggravants comme :

 

Le sable est la 3ème ressource naturelle la plus utilisée dans le monde après l’air et l’eau ! Grâce à lui on peut faire des ouvrages d’art formidables, des tours de plus en plus hautes, des barrages immenses… Seulement le béton est un gros consommateur de sable… (2/3 de sable pour 1/3 d’eau, de graviers, de ferraille…). Avec du sable, on fait aussi du verre, des ordinateurs, des téléphones, des fuselages d’avions, du plastique, du dentifrice, des détergents, des filtres : soit plus de 200 utilisations pratiques.

Et le sable, d’où vient-il ?

90 % du sable de l’océan provient de nos massifs montagneux (le Massif Central principalement dans notre cas, transporté par la Loire dont l’embouchure est à 400 kms plus au nord…) et des berges de nos rivières. C’est l’érosion due à la grêle, la neige, la pluie, le gel, le soleil qui détruit la roche et la transforme progressivement en grains de sable transportés par nos fleuves et rivières jusqu’à la mer. Le sable est issu des roches cristallines, du granit et des roches métamorphiques. Celles-ci contiennent beaucoup de quartz (avec aussi un peu de grenat et de zircon), qui a l’avantage d’avoir une bonne résistance chimique et mécanique. Car l’acidité de l’eau de pluie va altérer et même dissoudre les autres minéraux. Seulement entre le moment ou la roche montagneuse commence à se dégrader et à se transformer en sable et le moment où il arrive sur nos plages, il faut au bas mot : 3 millions d’années… Le sable est donc une ressource naturelle renouvelable, mais pas à l’échelle humaine…
Les 10 % restants proviennent de la dégradation des coquillages, micro-organismes et roches marines.

Mais depuis un siècle nous n’avons cessé d’utiliser le gisement sable sans compter, ainsi par exemple, on estime que pour faire :

 

Sur notre planète les 2/3 des constructions sont en béton. On estime la consommation mondiale annuelle de sable à 15 milliards de tonnes, dont ¼ rien que pour la Chine, suivie de près par Singapour qui a agrandi sa surface terrestre de 20 % depuis 1960, en gagnant sur la mer (530 km² en 1965, 650 km² aujourd’hui). Ce marché mondial représente 70 milliards de dollars de recettes, dont 5 pour la seule Australie. A Dubaï, l’Emirat a puisé 500 millions de mètres cubes de sable sous marin pour ériger l’île de Palm Jebel Ali et bétonner son front de mer. L’équivalent du chargement d’une file de camions-bennes qui ferait 22 fois le tour de la terre…

Parallèlement le pillage du sable est une pratique en hausse dans le monde, une véritable mafia se met en place. Au Maroc, rien que la construction des logements nécessite 30 millions de mètres cubes de sable chaque année, or les chiffres officiels indiquent une consommation annuelle de onze millions de mètres cubes de sable, cherchez l’erreur…

Ainsi nous n’avons plus assez de gisements. Beaucoup de pays, comme le France, interdisent désormais de puiser le sable directement dans les rivières, d’autant que les barrages (plus de 800 à travers le monde) en ralentissent déjà les apports ; le sable des déserts (comme le Sahara) est impropre à la construction (les grains façonnés par le vent sont trop lisses et ne s’agglomèrent pas correctement pour la construction), certains ont donc songé à prélever le sable en mer pour le rincer à l’eau douce avant de l’utiliser pour la construction… Chaque jour des milliers de dragues sillonnent les océans de la planète et y prélèvent jusqu’à 400 000 m3 (soit l’équivalent de 100 piscines olympiques) en une seule journée…

Bref, un déséquilibre s’est créé : la quantité de sable qui tapisse le fond des océans semble diminuer. La mer rétablie l’équilibre en prélevant ce qui lui manque sur nos côtes…

Une image pour illustrer mon propos : rappelez-vous lorsque vous étiez petits, installés au bord de l’eau vous creusiez un trou dans le sable atteignant rapidement le niveau d’eau. Plus vous creusiez en enlevant le sable et plus les bords du trou s’effondraient, le niveau du fond restant constant…

Eh bien, ici, vous êtes au bord du trou, au bord de l’océan…

* Palissades : dunes artificielles érigées grâce à des pieux, planches ou palisses espacés de 5 à 10 cm. Le sable projeté contre les pieux par le vent s’écoule doucement par les interstices et reconstitue une dune à l’arrière. Lorsque la hauteur des pieux est atteinte, si l’on veut élever la dune davantage, on recommence l’opération.

Sources : Le sable, enquête sur une disparition de Denis Delestrac (Arte – mai 2013)- Pilleurs de sable par Manon Querouil et véronique de Viguerie (Géo – n° 420 février 2014) – Claude DAUGE (Office National des Forêts).